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Mes dernières lectures, coups de cœur ou déceptions, de la fantasy aux grands classiques.

Avides Lectures

Mes dernières lectures, coups de cœur ou déceptions, de la fantasy aux grands classiques.

[Nella LARSEN] - Clair-obscur

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clair-obscur.jpgÉdition Flammarion (181p) Mention "Excellent" pour la traduction et la préface !
Titre original : Passing (1929)

Résumé :
Chicago, 1927. Deux amies d'enfance, longtemps éloignées, se retrouvent un jour de canicule. Tout les oppose, hormis le fait d'être Noires et suffisamment claires de peau pour pouvoir " passer" pour Blanches. Entre Claire, la femme fatale, et Irène, la respectable mère de famille, une relation passionnée se noue, déployant tout le spectre de l'amitié, de l'amour et de la haine. Claire, mariée à un Blanc raciste qui ignore qu'elle est Noire, souhaite renouer avec les siens. Irène, qui revendique au contraire son appartenance à la " race ", l'aide à se rapprocher,;' d'une communauté dont elle s'est tenue à l'écart des années durant. Claire s'immisce ainsi jusqu'au coeur de la vie réglée d'Irène, auprès de son mari Brian...

Ce que j’en ai pensé :
  Enfin édité en France, Clair obscur est un roman incontournable que tous se devraient avoir lu, ne serait-ce que pour son contexte historique méconnu qu’est le « passing ». « Passer », c’était se faire passer pour blanc(he) alors que l’on avait des origines africaines aux Etats-Unis. Il faut se souvenir du contexte ségrégationniste de l’époque : transports en communs différents, restaurants séparés, quartiers blancs, admission dans les écoles, etc. Il était donc beaucoup plus facile de vivre quand la couleur de notre peau pouvait passer pour blanche. Le problème, évidemment, était de ne pas se faire prendre, car cela pouvait avoir des conséquences graves, le racisme était très présent à l’époque et nombre de familles n’aurait jamais supporté avoir « un noir » dans la famille…


  Le livre de Nella Larsen nous apprend beaucoup de choses sur cette époque et cette tendance du «passing» , à travers le regard de deux amis, Irène et Claire, dont l’une est « passée ». D ‘ailleurs le choix de son nom n’est certainement pas insignifiant (Claire). Claire qui a choisi de « passer » pour avoir une vie meilleure, plus confortable, a épousé un homme blanc, raciste convaincu, qui surnomme sa femme « Neg’ » à cause de la couleur de sa peau (sans connaître la vérité). Irène aura bien du mal à comprendre le choix de son amie, surtout qu’à n’importe quel moment son mari pourrait découvrir la vérité.


  La relation Irène-Claire qui est le thème central de ce roman est ambigu. Claire fait tout pour revoir Irène, alors que cette dernière ne veut plus entendre parler d’elle mais finit toujours pas se laisser amadouer par son charme. C’est une espèce de relation amitié-répulsion qu’ont noué les deux femmes et Nella Larsen, par des phrases courtes qui brillent par leur intensité, conduit habilement son lecteur jusqu’au drame final, qui se profile tout au long du roman. J’ai trouvé ce roman merveilleusement bien écrit, le lecteur se retrouve littéralement « porté » par l’ écriture de Nella Larsen. Un vrai bonheur.


  De plus, Clair obscur est un roman court, qui se lit très vite. Trop vite. J’aurai bien aimer prolonger ma lecture tant le récit est passionnant, la plume de Nella Larsen, brillante. Un chef-d’œuvre, pour ma part.

En conclusion :
Vous l’aurez compris Clair obscur m’a complètement captivée et emmenée par son histoire et son écriture. Nella Larsen n’a pas eu une vie facile (sa mère était blanche et quand celle-ci s’est remarié à un homme blanc, Nella n’ a pas pu vivre avec eux car le quartier était interdit aux « noirs ») et cela se ressent dans sa plume, d’une maîtrise parfaite. Cette auteure mérite la reconnaissance et a sa place toute désigné dans chaque bibliothèque. D’ailleurs, j’aurai aimé être plus talentueuse tant j’ai l’impression de ne pas lui faire honneur avec ce billet *soupir*…

Bon à savoir : le thème du « passing » est également abordé dans le roman de Philip ROTH « La Tâche » que j’ai lu en début d’année, l’histoire d’un professeur qui est taxé de raciste parce qu’il aurait eu des propos douteux à l’encontre de deux étudiants (alors qu’en fait il est  lui-même « passé »).


Verdict : Indétrônable

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Extraits (morceaux de choix) :

« La conversation fut la représentation la plus brillante d’haltérophilie mondaine qu’eût jamais vue Irène. »

« C’était incroyable, songeait Irène, stupéfiant, que quatre personnes puissent rester si placides, si ostensiblement amicales alors qu’elles bouillaient en réalité de colère, d’humiliation, de honte. »

« L’ennui avec elle, c’était non seulement qu’elle voulût le beurre et l’argent du beurre, mais qu’elle piochât aussi dans le beurre des autres. »

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Christophe P. 04/12/2010 22:31



Hé hé, en fait tu as lu Philip Roth en début d'année... :D hé hé... (hobin tiens... j'ai pa vu le bon à savoir, ça m'apprendra à vouloir faire le malin...) (z'avez vu, un grand moment de solitude
que ça s'appelle :D)



nymeria 08/12/2010 23:05



Ha! ha! T'inquiètes pas, ça m'arrive aussi de ne pas lire les chroniques en détail ! J'ai bien aimé La tâche, que
j'ai trouvé beaucoup plus "cérébral" cependant et beaucoup plus long aussi. Merci d'avoir commenté!



Christophe P. 04/12/2010 22:29



Si le sujet t'intèresse, je ne peux que te conseille La tache du grandissime Philip Roth... Celui-ci pourrait me tenter, mais pas de suite... Je vais donc l'inscrire
soigneusement sur mon petit carnet.


Merci pour ton billet.



nymeria 08/12/2010 23:02



De rien J'espère que tu aimeras !